Un danger au travail se repère souvent avant qu’il blesse quelqu’un.
Mais qui le voit, et que faire ensuite ? Je vous explique le rôle de l’infirmière en santé au travail dans la prévention des risques professionnels.
Une infirmière en santé au travail qui repère les risques et guide l’employeur
Au quotidien, l’infirmière en santé au travail mène ses propres missions. Elle en mène aussi d’autres, confiées par le médecin du travail. Elle parcourt les lieux, étudie les postes et repère les dangers. Elle informe les équipes et organise les secours, et vous pouvez vous équiper d’une trousse de secours adaptée à vos risques.
Elle s’intéresse surtout aux risques physiques, chimiques, biologiques, ergonomiques et psychosociaux.
Un risque professionnel existe dès qu’un salarié est exposé à un danger. L’exposition peut être ponctuelle ou répétée. Ses effets peuvent apparaître tout de suite ou bien plus tard.
- Risques physiques : elle observe le bruit, les vibrations, la chaleur, le froid, les rayonnements, les chutes ou les machines. Protections à examiner : capotage, isolation, protections collectives, équipements individuels. Actions possibles : réduire le bruit à la source, sécuriser une circulation, limiter l’exposition.
- Risques chimiques : elle observe les produits utilisés, l’inhalation, le contact cutané, les projections et le stockage. Protections à examiner : ventilation, substitution, confinement, gants et protection du visage. Actions possibles : remplacer un produit dangereux, capter les émissions, revoir le stockage.
- Risques biologiques : elle observe le contact avec des agents biologiques, les déchets, les liquides ou les personnes contaminées. Protections à examiner : hygiène, protections, procédures, vaccination lorsqu’elle est adaptée. Actions possibles : organiser le nettoyage, sécuriser les déchets, former les salariés.
- Contraintes physiques et ergonomiques : elle observe le port de charges, les postures, les gestes répétitifs et le travail sur écran. Protections à examiner : aides mécaniques, réglage des postes, organisation des tâches. Actions possibles : réduire les manutentions, aménager un poste, alterner les activités.
- Risques psychosociaux : elle observe la charge de travail, les marges de manœuvre, les horaires, les relations et les changements. Protections à examiner : organisation, effectifs, soutien, espaces de discussion. Actions possibles : agir sur les causes liées au travail et à son organisation.
La fiche d’entreprise réunit tous les constats
Chaque entreprise ou établissement doit avoir sa fiche dès l’embauche du premier salarié. On y trouve les activités, les effectifs, les postes exposés, les risques relevés, les protections en place et les actions recommandées.
Cette fiche nourrit le document unique d’évaluation des risques professionnels, sans le remplacer. L’employeur réalise l’évaluation et décide des mesures de prévention.
Certaines visites peuvent être déléguées, dans un cadre strict
Le médecin du travail peut confier certaines visites à l’infirmière. Trois conditions s’appliquent : un protocole écrit le prévoit, le médecin en reste responsable, et la mission reste dans les limites des compétences infirmières.
Sont concernées notamment :
- la visite d’information et de prévention ;
- la visite de mi-carrière ;
- la visite de reprise ;
- la visite de préreprise ;
- les visites à la demande.
En revanche, l’infirmière ne délivre ni l’examen médical d’aptitude, ni son renouvellement, ni la visite de surveillance post-exposition ou post-professionnelle. Tout avis fondé sur des éléments médicaux reste au médecin du travail.
Ses conseils peuvent viser la suppression d’un danger, la réduction de l’exposition, l’aménagement d’un poste, l’organisation du travail, la formation ou le choix des protections.
Mais l’employeur tranche. Il choisit les actions, en assure le financement, fixe le calendrier et désigne ceux qui les mettront en œuvre.
La prévention va de l’évaluation des risques jusqu’au suivi des actions
Tout commence par le travail et ses expositions
La démarche commence par une préparation. L’entreprise décide qui y participe, avec quels moyens et selon quelle méthode. Elle délimite aussi les unités de travail à examiner.
Une unité de travail regroupe les situations où plusieurs salariés risquent d’être exposés aux mêmes dangers. Ils n’occupent pas forcément le même poste.
Il faut ensuite recenser les dangers. Ils viennent des équipements, des produits, des agents biologiques, des méthodes de travail et de l’organisation. L’infirmière apporte ce qu’elle a vu lors de ses visites et ce que lui disent les équipes.
Les conclusions sont consignées dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. Ce document détaille la méthode, les risques examinés et les actions prévues. Il garde aussi les données utiles pour évaluer l’exposition à certains facteurs de risques professionnels.
Ce document est accessible aux personnes suivantes :
- les salariés, ainsi que les anciens salariés pour les versions qui les concernent ;
- les représentants du personnel ;
- le médecin du travail ;
- l’inspection du travail ;
- les organismes de prévention de la Sécurité sociale.
Toutes les versions successives sont conservées pendant quarante ans.
Le document unique se transforme en plan d’action
Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, l’évaluation donne un programme annuel. Ce programme prévoit la prévention des risques et l’amélioration des conditions de travail. Il précise les mesures, leur mise en œuvre, les indicateurs, le coût, les moyens et le calendrier.
Une bonne action nomme le risque visé et la mesure à prendre. Elle indique aussi la personne responsable, le délai, les moyens et le résultat attendu. L’infirmière peut en proposer et en mesurer les effets. La décision reste à l’employeur.
Le suivi court aussi longtemps que la mesure
Les actions suivent les principes généraux de prévention. Il faut éviter le risque et le combattre à la source. Il faut aussi remplacer ce qui est dangereux par une solution moins dangereuse. Quand c’est possible, les protections collectives passent avant les équipements individuels.
Le suivi vérifie que la mesure est bien appliquée. Il contrôle qu’elle reste adaptée et qu’elle ne crée pas un autre risque. L’entreprise compare les résultats attendus aux effets constatés. Elle corrige les écarts et informe les salariés de l’avancement.
La trousse de secours fait partie de l’organisation des premiers secours
Le contenu découle des risques réels
Le lieu de travail doit disposer d’un matériel de premiers secours adapté aux risques. Il doit aussi être facile d’accès. La réglementation n’impose pas de composition unique. C’est l’employeur qui la définit, après avoir recueilli l’avis du médecin du travail.
La trousse peut comprendre :
- des gants à usage unique, du gel hydroalcoolique et un masque pour le bouche-à-bouche
- des compresses stériles, des pansements, du sparadrap et des bandes
- des ciseaux à bouts ronds, une couverture de survie et des sacs pour les déchets de soins
Ce matériel doit correspondre aux situations repérées dans l’évaluation des risques. Un lave-œil se place près d’un poste exposé aux produits chimiques. Un atelier avec des machines tranchantes a besoin d’un équipement adapté aux hémorragies.
L’entreprise met en place une procédure de contrôle. Elle vérifie les quantités, remplace les produits utilisés ou périmés et consigne les modifications. Ceux qui peuvent s’en servir doivent connaître le contenu de la trousse. Ils doivent aussi être prévenus de tout changement.
Les SST prennent le relais dans l’urgence
Le sauveteur secouriste du travail, un salarié formé, sait :
- protéger la victime et examiner son état
- alerter les secours
- pratiquer les premiers gestes en attendant les secours spécialisés
Son rôle se limite aux premiers instants et au périmètre de l’entreprise. Il ne remplace ni le médecin ni l’infirmière.
L’infirmière peut conseiller sur l’organisation des secours. Elle peut aussi contribuer à la sensibilisation des SST. Elle vérifie que le matériel correspond aux risques observés.
Avant de modifier un poste, un produit ou l’organisation d’une équipe, consultez la fiche de votre entreprise et le document unique d’évaluation des risques professionnels. Vous y verrez les protections déjà en place et les actions déjà prévues, ce qui vous évite de traiter deux fois le même danger.