Infirmier en centrale nucléaire
(par électron libre, infirmier de santé au travail)

mis
à jour le 01/07/08

J'ai demandé à un
collègue travaillant en centrale nucléaire
quelles étaient les spécificités de son travail.
Voici ce que
m'a écrit "électron libre" :
Si l'infirmière est la
«généraliste»
des soins infirmiers, alors l'infirmière de Santé au
Travail est une spécialiste de cette discipline. Mieux encore
: chaque entreprise a ses spécificités, si bien que
chaque infirmière d'entreprise aura sa propre spécialité.
La France compte 20 centrales nucléaires, avec
58 réacteurs en activité. Sur ces sites dit
« sensibles » travaillent environ 80 infirmiers
et infirmières.
Outre le fait qu'ils doivent avoir au moins 5 années
de pratique infirmière avant de postuler, les IDE du nucléaire
doivent subir une série d'épreuves, tel Hercule et ses
douze travaux, avant de pouvoir prétendre au titre d' "infirmier
de centrale nucléaire".
Aptitude
médicale
Condition
n°1 : aptitude médicale DATR Catégorie A
: Directement Affecté à des Travaux sous Rayonnement
ionisants
(La catégorie A pour un
travailleur DATR, signifie que dans le cadre de
ses fonctions, il peut être amené à recevoir une dose radiologique de
20 millisievert sur 12 mois glissants. La catégorie B est caractérisé
par
une dosimétrie annuelle maximale de 6 millisievert.)
Même les infirmières n'échappent
pas à cette condition indispensable à l'entrée
dans le poste.
Outre la traditionnelle visite médicale
d'embauche, effectuée par un médecin du travail
habilité à suivre les travailleurs DATR, le candidat au
poste d'infirmier en centrale nucléaire doit subir toute une
batterie d'examens complémentaires.
- - Un bilan sanguin et urinaire très
complet : Numération Formule Sanguine, Vitesse de Sédimentation,
Ionogramme, glycémie à jeun, bilan hépatique complet, bilan thyroïdien,
bilan urinaire, recherche de toxiques (substances illicites et de
substitution)
- - Une radio pulmonaire
- - Une consultation d'oto-rhino-laryngologie, avec examen des
fosses nasales, des tympans et un audiogramme. Un tympan perforé est un
motif d'inaptitude.
- - Une consultation ophtalmologique avec fond d'oeil et mesure
de la pression intra-oculaire.
- - Un électrocardiogramme
- - Une spirométrie

Tests d'embauche
Si
vous interrogez dix infirmiers de centrale
nucléaire, ils vous décriront 10 façons de
« plancher ». Chaque centrale, également
appelée « unité » détermine
la façon dont elle va tester les candidats potentiels avec ou
sans l'appui des médecins du travail, vecteurs déterminants
dans l'embauche. Pour mémoire, je vous cite deux façons
de « plancher » :
- - Sur une demi-journée, série de 200
questions dites de « personnalité », suivi d'une analyse de
situation.
- - Série de questions sur des situations d'urgence et la
conduite à tenir face à ces situations.
Quelque soit la façon de « plancher »,
elle est toujours assortie d'un entretien avec le ou les médecins
du travail avec lesquels le candidat va être amené à
travailler, ainsi qu'un entretien avec le responsable administratif
de l'unité.
Formation initiale
Pour pouvoir exercer complètement la profession
d'infirmier de centrale nucléaire, l'intéressé
doit dès son entrée en fonction, suivre une série
de formations dites « habilitantes », propres à
EDF.
- - Prévention des risques niveau 1 et 2, recyclage PR2 tous les
3 ans
- - Formation Initiale Sûreté Qualité, recyclage tous les 3 ans
- - Anthropogammamétrie, Opérateur T2 puis opérateur T3, recyclage T3
tous les 3 ans
- - Exposition externe
- - Exposition interne
- - Gestion des situations accidentelles en centrale nucléaire
L'arrêt
de tranche
Toute industrie a son pic d'activité spécifique
: les chocolateries avant les fêtes de fin d'année ou de
Pâques, le textile, la sortie d'une nouvelle collection,
l'automobile, la sortie d'un nouveau modèle, etc...
En centrale nucléaire, ce pic d'activité,
c'est l'arrêt de tranche. Et cette montée en puissance
de l'activité (humaine et pas radiologique), marque aussi une
augmentation de la charge de travail du service de santé au
travail et donc des infirmiers.
Qu'est-ce qu'une tranche ?
C'est une unité de production comprenant la
partie nucléaire, la salle des machines et le système
de refroidissement. Il existe des centrales comprenant 2
(Belleville, Civaux), 4 (Chinon, Cattenom) ou 6 tranches
(Gravelines).
L'arrêt de tranche programmé est donc un
arrêt de fonctionnement d'une unité de production pour
permettre l'entretien périodique ou le changement du
combustible.
On distingue plusieurs types d'arrêts programmés,
dont la durée diffère :
- - L'arrêt Simple Rechargement, ASR (à
EDF, comme à l'hôpital, on adore parler en abrégé)
- - La
Visite Partielle, VP, qui dure un peu plus longtemps
- - La Visite Décennale, VD : le grand
jeu, avec de grosses interventions de maintenance et des effectifs
intervenants qui doublent le nombre de personnes travaillant sur le
site.
Si l'arrêt de tranche se prépare toute
l'année pour les métiers concernés, le service
de santé au travail s'y prépare un ou deux mois à
l'avance en sollicitant un ou des infirmiers intérimaires. Quinze jours
avant l'arrêt, nous préparons la salle de
décontamination (rangement des combinaisons papier, mules,
produits de décontamination, vérification des
péremptions des produits stockés à cet
endroit...)
La semaine qui précède l'arrêt, on
sent déjà le changement : le nombre d'examens
anthropogammamétriques augmente très sensiblement.
Qu'est-ce
qu'un examen anthropogammamétrique ?
C'est un examen médical dont l'objectif est
d'identifier et de quantifier une contamination interne. Il est
effectué dans une cabine ouverte, munie de deux détecteurs,
reliés à un poste de saisie informatique. L'examen dure
une minute. L'infirmier vérifie l'absence ou la présence
de pics significatifs de la présence de radio-éléments
dans le corps humain.
L'anthropogammamétrie est effectuée :
- - à l'entrée dans le site, pour valider
l'accès à la Zone Contrôlée ZC (zone nucléaire), vérifier l'aptitude
médicale du salarié et avoir un point 0,
- - à la sortie pour vérifier l'absence de contamination,
- - à la visite médicale d'aptitude pour
faire un point et valider l'accès en ZC
- - en cas d'incident : déclenchement de portique de sortie de
ZC, de portique de sortie de site nucléaire, d'accident en ZC,
évacuation du Bâtiment Réacteur....
- - pour évaluer la contamination suite à un examen de médecine
nucléaire : scintigraphie ; ou à un traitement radio-actif :
irrathérapie thyroïdienne...
Si la première semaine de l'arrêt est
surtout marquée par l'augmentation du nombre
d'anthropogammamétries, les semaines suivantes sont remplies,
quant à elles, par l'augmentation du nombre des accidents,
forcément, plus de travailleurs, plus de chantiers, plus de
risques et souvent plus d'accidents. L'organisation des secours sur
un site nucléaire est régit par une série de
procédures dont la plus connue est le Plan d'Urgence Interne :
PUI. Mais cela fera l'objet d'une autre page.
Outre les accidents, nous sommes amenés à
traiter également les contaminations radiologiques qu'elles
soient internes, externes intéressant la tête ou
persistantes. Ce thème fera également l'objet d'une
page spécifique.
Pendant toute la durée de l'arrêt,
l'infirmier d'astreinte participe à la Réunion d'Arrêt
de Tranche (RAT) quotidienne. Au cours de cette réunion, tous
les métiers participant à l'arrêt sont
représentés et un point très précis est
fait. C'est l'occasion pour nous d'être informés des
chantiers spécifiques et des problèmes rencontrés
par les uns et les autres. Le médecin du travail participe
également à la RAT suivant ses disponibilités.
L'infirmier d'astreinte est particulièrement
sollicité pendant cette période d'activité
intense.
L'astreinte l'oblige à rester à son
domicile en dehors des heures de travail, de façon à
répondre aux appels pour contaminations, accidents ou
anthropogammamétries hors heures ouvrables.
Suivant les situations ou problèmes rencontrés,
l'infirmier peut avoir recours au SAMU, en cas d'accident, ou en cas
de contamination interne significative, au médecin d'astreinte
: Disponibilité Médicale Permanente (DMP). Très
souvent, l'un des médecins du site reste joignable même
s'il n'est pas d'astreinte.
L'arrêt de tranche en centrale nucléaire
représente bien une part importante de l'activité du
service de santé au travail et légitime ainsi le nombre
important d'infirmiers sur ces sites.
Toutefois, notre activité est loin de se résumer
à cette seule partie du cycle d'une centrale nucléaire,
puisque toute l'année durant, d'autres chantiers et d'autres
problématiques humaines nous impactent et nous mobilisent.
C'est bien ce qui fait toute la richesse et toute la
complexité de notre spécialité.
Ce qui fait toute la particularité du travail des
infirmiers de centrales nucléaires, c'est toute la partie
«radiologique».
Les services de santé au travail ont d'ailleurs
des effectifs infirmiers en relation directe avec ce risque. La règle
actuellement est de 4 IDE pour 2 tranches (unités de
production) et environ 700 salariés, 6 pour une 4 tranches
(environ 1200 salariés), 7 pour la centrale de Gravelines (6
tranches) et 1600 salariés.
Cette pléthore d'IDE, bien supérieure au
quota requis en matière de présence infirmière
dans les industries, est due à l'astreinte : obligation pour
l'infirmier de rester disponible pour l'employeur. L'astreinte débute
le jeudi à 16 heures jusqu'au jeudi suivant, 16 heures.

L'infirmier
d'astreinte est appelé en cas de
contamination, d'irradiation importante, d'accident ou
d'anthropogammamétries hors des heures ouvrables.
Contamination
radiologique
Définition
Il s'agit d'une exposition interne ou
externe par
contact avec des substances radioactives, aussi nommées
radio-éléments.
Il existe
plusieurs sortes de contaminations :
- - contamination vestimentaire : seuls
les vêtements sont contaminés
- - contamination corporelle externe : le ou les radio-éléments
se sont déposés à la surface de la peau
- - contamination interne : par inhalation, ingestion ou plaie
contaminée.
Comment
est
détectée la contamination ?
Accès en
Zone Contrôlée (ZC)
Les
radio-éléments incriminés dans les cas de contamination sont
normalement confinés dans
les parties dites nucléaires de la tranche : bâtiment
réacteur (BR), bâtiments des annexes nucléaires
(BAN), bâtiment combustible (BK). A l'intérieur de ces
bâtiments, se trouve la ZC.
Cette zone n'est accessible qu'aux
travailleurs DATR,
aptes médicalement, à jour de leurs habilitations
professionnelles et ayant effectué leur anthropogammamétrie
d'entrée.
Outre le passage par des badgeurs pour accéder à
la ZC, les travailleurs y entrent en passant par deux vestiaires
successifs.
Dans le premier vestiaire, nommé vestiaire
froid, ils quittent leur tenue civil, et en sous-vêtements,
chaussés de mules à usage unique, se munissent d'un
dosimètre électronique et franchissent le sas d'accès
au vestiaire dit «chaud» (parce qu'il est situé en ZC).
Dans ce
second vestiaire, ils revêtent la tenue de base de ZC : gants, maillot
de corps, chaussettes, combinaison,
calot, casque, et chaussures de ZC.
Puis ils effectuent les
travaux impartis.
Sortie de ZC
Lorsqu'ils ont terminé, ils prennent le
chemin
inverse. Toujours en tenue de base, ils franchissent un
premier
portique appelé C1. Ce portique a vocation de détecter
la contamination vestimentaire. Si le C1 se déclenche, le
travailleur doit retirer sa tenue de base et repasser le portique en
sous-vêtements et mules.
Que le passage au C1 se fasse avec ou sans
déclenchement, le salarié doit passer ensuite en
vestiaire chaud pour retirer sa tenue de base, si ce n'est déjà
fait, puis passer
un second portique, le C2. Celui-ci détecte
la contamination corporelle. Le travailleur doit abaisser le plafond
du portique, de façon à ce que la détection se
fasse au plus près de la tête, et glisser ses mains dans
les manchons de détection.
Si le détecteur se déclenche, il signale
aussi sur un tableau lumineux, l'endroit du corps qui est contaminé.

Si
la contamination est située sous le menton :
torse, dos, jambes, pieds, le salarié doit se doucher. S'il
s'agit des mains, il doit se les laver. Puis, bien séché
(l'eau faisant écran), il repasse le C2.
Que faire en cas de contamination persistante ou
touchant la tête ?
C'est alors que l'infirmier d'astreinte
intervient. En
effet, l'on considère que toute contamination intéressant
la tête est susceptible de devenir une contamination interne,
quand elle n'en est pas déjà une. De même, devant
une contamination persistante au niveau thoracique ou abdominale, on
évoquera une exposition interne par inhalation ou ingestion.
Le
salarié contaminé est conduit au SST,
où l'infirmier va commencer par le recontrôler avec un
MIP 10, appareil portatif gradué en choc/seconde (sorte de
compteur Geiger, pour les amateurs de films fantastiques). Outre le
fait de quantifier l'intensité de la contamination (à
partir de 500 chocs/seconde on parlera de dose à la peau), le
MIP 10 permet surtout de localiser avec précision l'endroit où
se trouve la contamination.

La décontamination proprement
dite peut
commencer : lavage des mains par le salarié, puis l'infirmier
effectue plusieurs shampoings s'il s'agit d'une contamination à
la tête. S'il s'agit du visage l'infirmier décontaminera
avec compresses et nettoyant doux. Pour les yeux, bains oculaires
avec DTPA (chélateur du cobalt 60 : permet un passage rapide
du radio-élément dans les voies d'élimination
naturelles-sphère urinaire et ou digestive-). Pour le nez et
les oreilles, écouvillonage doux par l'intéressé
(ça fait moins mal quand c'est fait par soi-même). Pour
la bouche, bains de bouche en prenant soin de ne pas avaler, sinon,
pour le coup, ça devient de l'interne.
Les contaminations
persistantes externes sont rares et
touchent le plus souvent les mains, surtout si elles présentent
de nombreuses callosités. Ce type de contamination est traitée
à l'aide d'un moyen très simple (le plus souvent) :
l'infirmier enduit la main concernée de vaseline, ou de tout
autre pommade grasse, puis recouvre avec un gant à usage
unique. Pas très élégant et surtout pas très
sortable, mais diablement efficace. Le lendemain, le gant est retiré,
la main lavée ; la sudation et le corps gras ont contribué
à décoller la contamination fixée.
Après toutes ces opérations de
lavages,
le salarié est invité à se doucher
intégralement, après avoir été de nouveau
contrôlé afin de s'assurer qu'il ne reste rien en
surface. Si le MIP 10 crépite encore, il y a tout lieu de
suspecter une contamination interne.
Et c'est là qu'intervient
l'
anthropogammamétrie
(voir chapitre précédent).
Si une contamination interne est
détectée,
en fonction de son importance, des actions complémentaires
peuvent être mises en place : prélèvements des
urines et des selles pour quantifier avec précision l'activité
du radio-élément ingéré, estimer la date
de contamination. Administration de laxatifs, de diurétiques,
de chélateurs oraux afin d'accélérer
l'évacuation naturelle des radio-éléments
incorporés.
Enfin, l'intéressé est dispensé de
ZC et de passage de C3 (portique de sortie et d'entrée de site
nucléaire), ceci afin d'éviter une sur-contamination
(pour la ZC), un déclenchement de C3 (cela devient un ESR :
événement significatif radiologique, incident à
déclarer-pas du tout apprécié) et de permettre
la surveillance journalière de l'élimination des
radio-éléments.

Toutes ces actions sont
consignées sur
protocoles et retranscrites sur un carnet à souche dont
certains feuillets constitueront avec les anthropogammamétries,
le dossier de contamination du salarié.
Seules sont déclarées à
l'IRSN (Institut de
Radioprotection et de Sûreté Nucléaire),
les contaminations internes dépassant le seuil
d'enregistrement dosimétrique de 0.5 millisieverts, après
décontamination.
Dans les
jours
qui suivent, le salarié est
invité à venir passer une anthropogammamétrie de
contrôle tous les jours jusqu'à disparition des pics
d'activité du ou des radio-éléments incriminés.
Les urines et
les
selles sont collectées et
envoyées au Laboratoire d'Analyses Médicales d'EDF à
Saint-Denis pour quantification et datation de la contamination.
Les
contaminations internes importantes sont rares et
bien maîtrisées, puisque l'on compte à présent
plus de 20 ans de recul vis à vis de ces situations
particulières.
Toutefois les contaminations dite « non
significatives», elles, sont légions. Les
installations vieillissent et sont plus «sales»,
les rythmes de travail plus accélérés, ce qui
contribuent à ces incidents.
Plus rares également sont les
irradiations, mais
quelquefois plus graves. Elles feront l'objet d'un autre résumé.
Irradiation
Heureusement
rares, les
accidents d'irradiation sont l'un des sujets « sensibles »
concernant le risque radiologique.
Nous sommes tous,
quotidiennement exposés aux radiations dites naturelles :
rayonnement cosmique, terrestre ou artificiel (radiographies
médicales).
Même notre corps émet un rayonnement,
visible à l'anthropogammamétrie.
Il existe plusieurs sortes
de rayonnements ionisants : tableau ci-dessous (d'après
« Infirmières et Rayonnements Ionisants » Mai 1997
| Pénétration des différents
types de
rayonnement ionisants |
| Nature | air | corps
humain | obstacles
qui arretent les rayons |
|
alpha | quelques centimètres | couche cornée de l'épiderme | feuille de papier |
|
beta | quelques mètres | derme | feuille
d'aluminium |
| gamma
| centaine de mètres | traversé de part en part | plaque de plomb |
| X | quelques
mètres | pénétration plus faible que
le gamma | plaque de plomb |
|
neutron | comme le gamma | de part en part | mur de béton |
Comment
est contrôlée l'irradiation en centrale nucléaire ?
En Zone Contrôlée L'accès en ZC, nous
l'avons vu est soumis à un certain nombre de conditions.
L'une d'elle est le port obligatoire du film dosimétrique. Ce film est
envoyé en développement tous les mois ou en urgence en cas
d'irradiation accidentelle. Il mesure la dosimétrie (dose équivalente)
dite passive.
Une autre condition : le port
également obligatoire d'un dosimètre électronique. Il s'agit d'un
appareil portatif fonctionnant sur batterie qui mesure en temps réel la
dosimétrie ambiante. Il est muni d'une alarme qui se déclenche lorsque
la dosimétrie ambiante augmente et/ou dépasse un seuil pré-défini.
Lorsque le salarié a fini son intervention en ZC, il remet le dosimètre
dans le rangement prévu à cet effet et sa dosimétrie est enregistrée
informatiquement et ajoutée à la dosimétrie passive mensuelle.
La dose équivalente s'exprime en sievert (Sv).
Toujours en ZC, des balises détectant les rayonnements gamma
déclenchent également une alarme en cas d'augmentation de la
radioactivité ambiante.
La différence entre
une personne contaminée et une personne irradiée, c'est que la première
émet des rayonnements (dus aux isotopes ingérés), tandis que la
suivante n'émet aucun rayonnement (hormis le sien, bien entendu).
En bref, on peut être uniquement irradié, mais si l'on est contaminé,
on est forcément aussi irradié.
Hors ZC
L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), organisme
totalement indépendant des exploitants nucléaires surveille en
permanence la radioactivité sur le territoire français, à l'aide de
capteurs disposés dans toute la France.
Les
laboratoires de la répression des fraudes des grandes villes sont
agréés pour pratiquer des contrôles de radioactivité des aliments.
Les centrales nucléaires, elles-mêmes mesurent la radioactivité dans
des échantillons prélevés dans l'environnement immédiat des
installations. Les résultats doivent être communiqués à l'IRSN.
Enfin, sur les sites nucléaires, des balises assurent la surveillance
au plus près des bâtiments sensibles et en sortie de site.
Quels sont les effets sur la cellule vivante ?
Les rayonnements ionisants provoquent essentiellement des lésions de
l'ADN des chromosomes.
Trois cas de figure
peuvent se présenter après irradiation de la cellule vivante :
- l'effet est nul, la cellule se régénère normalement.
- la cellule meurt (effet à seuil)
- la cellule « mute » : modification de l'ADN.
Lorque la cellule mute, on peut observer également 3 types de mutation
:
- la cellule survie mais sa division est devenue impossible
- l'immunité est sans effet sur la cellule mutée
- la cellule subit des effets
différés aléatoires : mutation génétique, cancers.
Quels sont les effets physiques
des rayonnements ionisants ?
Tout dépend, bien évidemment de la dose équivalente intégrée, de la
durée de l'exposition, de l'état général de la personne.
Aucun effet pour les faibles doses : entre 0,01 milliSievert (1mSv =10
-3 Sv) et 100 mSv. Un travailleur DATR catégorie A est susceptible de
« prendre » 20 mSv maximum sur 12 mois glissants.
Diminution transitoire des lymphocytes, nausées et vomissements pour
les doses dites moyennes : de 300 à 1000 mSv.
Aplasie médullaire après une phase de latence, manifestations
digestives pour les fortes doses : de 2000 à 10000 mSv (2 à 10 Sv).
État de choc, manifestations neurologiques, voire décès pour les très
fortes doses : au delà de 10 Sv.
Conduite
à tenir face à une irradiation importante
Le docteur Michel BERTIN, préconise dans son livre « Les effets
biologiques des rayonnements ionisants » la prise en charge
suivante :
Dose inférieure à 0,3 Sv : aucune investigation
nécessaire.
- de 0,3 à 1 Sv : sédatifs éventuellement, NFS
immédiate puis à intervalles réguliers, surveillance médicale
ambulatoire (médecin traitant).
- supérieure à 1 Sv : hospitalisation
en transport médicalisé, prélèvements sanguins(NFS, caryotype, etc...).
- entre 1 et 2 Sv : hospitalisation en médecine interne.
- plus de 2 Sv : hospitalisation en service d'hématologie, voire
dans un hôpital
spécialisé (comme Percy), examens cliniques et NFS à répéter à
intervalles rapprochés.
Les accidents d'irradiation restent exceptionnels mais
potentiellement graves. Nous avons tous en mémoire le triste exemple de
Tchernobyl. Ce qui alimente la terreur populaire vis à vis des
centrales nucléaires.
Plus près de nous, chez
nous, les très récents accidents médicaux d'Epinal et de Toulouse nous
rappellent que nous surveillons de très près l'industrie du nucléaire,
mais que nous négligeons parfois de surveiller ce qui est sensé nous
soigner, mais qui peut parfois nous tuer.