Epilepsie et travail
mis à jour le
01/03/2010
Beaucoup des salariés que nous
voyons en visite médicale ont des pathologies traitées comme
l'hypertension ou le diabète.
Une pathologie répandue, (450 à 500
000 personnes en France) que l'on
retrouve à des stades divers dans la population des salariés est
l'épilepsie.
75% des personnes épileptiques ont une activité
salariée. Cette maladie est mal connue et véhicule encore beaucoup de
préjugés, ce qui peut poser des problèmes aux salariés et à leur
collègues.
Les
journées françaises de l'épilepsie
se dérouleront du 11aux 13 novembre 2010 à Grenoble
La
maladie

L'épilepsie
se caractérise par des décharges synchrones au niveau des neurones
provoquant des crises
d'aspect différent selon la localisation des neurones touchés. Les
crises
varient de la simple absence à la crise convulsive avec perte de
connaissance.
Les crises
peuvent être isolées et apparaitre dans des circonstances
particulières, mais on parle de la maladie épileptique quand les crises
se répètent plus de deux fois.
La maladie
est plus fréquente chez les jeunes enfants et les personnes agées, mais
elle peut survenir à tous les âges.
Avant
l'utilisation de l'électro encéphalogramme (EEG), les crises
convulsives étaient synonymes de possession démoniaque, puis de maladie
mentale. Les épileptiques se retrouvaient dans des asiles. Les avancées
dans la compréhension du fonctionnement cérébral ont permis une
meilleure prise en charge de cette pathologie.
Origine
La survenue de la
maladie peut avoir plusieurs origines, mais dans certains cas, elle
n'est pas retrouvée.
Parmi les causes on retrouve :
- les facteurs génétiques
- la forte excitabilité du cerveau chez les
jeunes enfants. Ces crises disparaissent après l'âge de 10 ans, quand
le cerveau est plus mature
- la souffrance du cerveau d'origine
vasculaire, traumatique, cancéreuse, infectieuse, éthylique ....
Les crises
Les
crises revêtent plusieurs formes
Les crises généraliséesElles
concernent les 2 hémisphères cérébraux.
Elles présentent 3 tableaux
- perte de connaissance avec cri et chute, mouvements convulsifs
puis
coma calme, avec quelquefois perte d'urine et morsure de la langue.
- myoclonies, mouvements isolés de durée brève sans perte de
connaissance
- absence (perte de contact avec l'extérieur pendant un bref
instant)
Les crises partielles
Elles dépendent de la zone du cerveau en cause et peuvent donner des
pertes
ou des troubles de conscience.
Elles peuvent s'aggraver en crise
généralisée.

Certains sujets sont
photosensibles, c'est à dire que les crises apparaissent plus
facilement avec les impulsions lumineuses, devant un écran de
télévision à moins de 2 mètres, devant les stroboscopes (discothèques),
devant certains jeux d'ordinateurs.
Les crises peuvent être
évitées en s'éloignant de l'écran, en éclairant suffisament la
pièce et en utilisant des écrans à 100Hz.
Etat de mal épileptiqueL'OMS
définit l'état de mal épileptique comme "un état caractérisé par une
crise d'épilepsie qui persiste suffisamment longtemps ou qui se répète
à des intervalles suffisamment brefs pour créer une condition fixe et
durable".
C'est une
urgence
vitale qui nécessite un transport
sanitaire et une hospitalisation.
Les examens
Le
diagnostic d'épilepsie se fait par examen
clinique et la description du déroulement des crises par les personnes
présentes pendant celles ci. Il peut être complété par les examens
complémentaires comme


- l'EEG (électro
encéphalogramme) accompagné ou non d'enregistrement vidéo, de
stimulation lumineuse ou d'hyperpnée (inspiration et expiration
profondes) pouvant favoriser l'apparition de crise.
-
radiographie du crane, IRM cérébrale, scanner permettant de visualiser
une anomalie cérébrale.
Traitements
Le traitement a pour but de supprimer les crises.
Il existe
des formes
pharmacorésistantes (20 à 30 % des cas).
Les traitements anti
épileptiques agissent sur l'activité des membranes des neurones.
Leur but est de bloquer les crises en diminuant l'excitabilité des
neurones.

Quand le
diagnostic de l'épilepsie est confirmé, le médecin commence par un
médicament (monothérapie). Si les crises en diminuent pas, le
traitement sera modifié, voire changé. Si les crises persistent,
l'association de 2 anti epileptiques peut être prescrit.
Le
traitement doit être rigoureusement suivi. Le changement de posologie
ou l'arrêt ne doivent s'effectuer que sur demande du médecin. Les
médicaments doivent être pris à heures régulières et
sans oubli.
En traitement de fond, les médicaments les plus
courants sont
- le phénobarbital (Gardenal®)
- la phénitoïne
(Dihydan® Dilantin®)
- la carbamazépine (Tégrétol®)
- le
valproate
de sodium (Dépakine®)
En traitement d'appoint pour la crise le
diazépam (Valium®) peut être utilisé
Au bout
d'un certain temps, le traitement peut être
réévalué :
- en cas de disparition des crises et normalisation de
l'EEG, le médecin pourra proposer l'arrêt du traitement (après quelques
années).
- les crises sont régulées, mais il persiste un risque
important de récidive, le traitement sera poursuivi.
- le traitement
sera modifié si les crises persistent.
La survenue des crises
est
favorisée par les excitants (café, thé, alcool, tabac, ...), la
fatigue, le stress, le jeûne, la fièvre, les lumières clignotantes
(stroboscopes) et bruits cadencés et répétitifs ou l'association avec
d'autres médicaments.
Le traitement seul ne suffit pas, une hygiène
de vie rigoureuse est indispensable pour diminuer l'apparition des
crises.
La chirurgie peut être envisagée si une zone cérébrale
qui provoque les crises est localiséee et accessible.
permis
de conduire
L'obtention du permis de conduire permet une bonne
intégration sociale, d'accéder à l'emploi et à l'autonomie.
Le
permis de conduire pour les transports en
commun et les poids lourds pour un usage professionnel est généralement
refusé pour les personnes souffrant d'pilepsie cependant le permis
voiture peut être délivré sous certaines
conditions.
Le candidat au permis de conduire doit informer le
service des permis de conduire de la préfecture de sa maladie, de même
qu'un titulaire du permis de conduire qui présenterait une première
crise.
Une commission médicale statuera sur l'aptitude à conduire un
véhicule selon la fréquence des crises et le traitement suivi.
Les aptitudes
sont données à titre temporaire de 6 mois à un an et une inaptitude
peut être "révisée" en cas d'amélioration de la fréquence de survenue
des crises (changement du traitement par exemple).
-
aptitude temporaire pour les permis pour les véhicules légers
(catégorie A, B, B + E, A1, B1)
- aptitude temporaire après avis
d'un neurologue pour les permis des véhicules lours (permis catégorie
C, D et E, transports en commun, taxis, ambulances).
La personne
devra se présenter régulièrement à des visites de contrôle.
Avant
de prendre le volant, la sujet devra être vigilent et ne respecter
les règles suivantes :
- pas d'alcool
- ne pas conduire
en cas de fatigue ou de manque de sommeil
- ne pas oublier son
traitement
- ne pas conduire de nuit ou sur une longue distance
-
éviter tous les éléments qui favorisent l'apparition de crises.
Activités de loisirs

La pratique de sport est possible et même
recommandée. Les sports collectifs sont possibles, il faut éviter
les sports individuels pouvant être risqués en cas de crise comme la
plongée sous marine ou les sports aériens. La pratique sportive doit se
faire sous surveillance dans certains cas comme la natation.
Restriction médicale
Le salarié n'a pas à informer son employeur de son
épilepsie.
Il devra en informer le médecin du travail qui est
soumis au secret médical afin que celui-ci statue sur son aptitude au
poste de travail proposé.

Certains emplois
sont règlementés comme pilote de ligne, policier ou tout travail
potentiellement dangereux en cas de crise.
L'aptitude au
travail de nuit ou
en rythme alterné sera étudiée par le médecin du travail ainsi que pour
les postes de sécurité, la conduite d'engins, le travail en hauteur,
le travail sur machines dangereuses et en poste isolé.
Au cours
des visites
systématiques, le médecin du travail évaluera l'aptitude des salariés
au cas par cas, en fonction de la fréquence des crises, du traitement
et du poste occupé.
Il peut au
besoin demander un aménagement de
poste
art L1226-10 du code du travail si l'état de santé
du salarié le nécessite.
Inaptitude
Quand
l'épilepsie empêche l'activité professionnelle régulière, les personnes
souffrant d'épilepsie peuvent demander une reconnaissance de qualité de
travailleur handicapé.
Conduite à tenir en cas de
crise
La crise classique se traduit par un cri
avec chute brutale, suivie de mouvements convulsifs puis se termine par
une phase de coma calme.
Ces crises peuvent s'accompagner de perte
d'urine, de morsure de la langue (sang dans la bouche),
d'hypersialorrhée.
Au réveil, la personne est confuse et ne se
souvient plus de rien.
Il faut laisser se dérouler la crise,
mais éviter les traumatismes liés à la chute et aux convulsions.
-
amortir les chocs en plaçant vêtement, couverture, coussins, ... autour
de la personne en crise et en retirant tous les objets risquant de la
blesser. Ne pas mettre les doigts dans la bouche (risque de morsure)
- quand la
personne est calme, la mettre en position latérale de
sécurité
et surveiller sa respiration en attendant son réveil.- rester
près de la victime
jusqu'à l'arrivée des secours.
Dans tous les cas, appeler les secours (le 15 ou le 18) en
décrivant la
crise.
Toute première crise doit être suivie d'une
hospitalisation et toute crise de plus de 5 minutes doit être suivie
d'une consultation médicale.
Se référer aux protocoles écrits,
daté et signés du médecin du travail quand ils existent pour effectuer
un dosage de la glycémie et la mise en place d'une oxygénothérapie.
Si
possible, placer une canule de Guedel dans la bouche.

Canule de Guedel
Image tirée du site
wikipédia
Suivi infirmier
Le
rôle de l'infirmier de santé au travail a plusieurs axes

- au
niveau du travail, l'IST effectue le suivi du salarié en notant tout
les problèmes rencontrés pendant le poste et en informe le médecin du
travail comme les absences, les effets secondaires liés au traitement,
etc ...
- en cas de crise importante, l'IST effectue les gestes
d'urgence et fait appeler les secours
- l'IST a aussi un rôle de
conseil. Le rythme de vie de la personne souffrant d'épilepsie doit
être très rigoureux. Il convient de lui rappeler les règles d'hygiène
si le besoin s'en fait sentir. L'IST peut inciter le salarié à
consulter son médecin traitant si les crises deviennent plus fréquentes
ou si le traitement a des effets secondaires génants.
En savoir plus
atousante.fr istnf.fr "epilepsie et travail" (en pdf)