Sommeil et travail

création
le 25/02/2012
Nous passons un tiers de notre temps à dormir.
D'après
l'enquête SUMER, 13% des salariés en France
travaillent la nuit, en totalité ou en partie avec les rythmes de
travail postés en 3X8 ou 5X8. Le CIRC a publié un rapport reconnaissant
le travail de nuit posté comme cancérogène probable. Une enquête menée
auprès d'infirmières travaillant de nuit et d'hôtesses de l'air
soumises aux décalages horaires montre une augmentation du risque de
cancer du sein. Chez les travailleurs postés, l'horloge biologique
serait perturbée à long terme et pourrait modifier la formation de
mélatonine, diminuant les défenses immunitaires et induire la formation
de cellules cancéreuses. Les expérimentations animales sur le décalage
horaire et l'exposition nocturne à la lumière iraient dans le même sens.

Le
travail de nuit a des effets plus précoces que les services de santé au
travail peuvent évaluer chaque jour comme fatigue, difficultés
d'endormissement, prise de poids, prise de somnifères, dette de
sommeil, ... Les infirmier(e)s de santé au travail sont les premiers
alertés par ces signes qui vont de la consultation à l'infirmerie
jusqu'à l'accident du travail ou de trajet.
Ce dossier vous donnera quelques informations sur le sommeil mais ce
sujet est tellement vaste que vous pourrez trouver toutes les
informations indispensables dans les liens cités dans "
en savoir plus".
Cette année, la journée du sommeil a pour thème "sommeil et performance : de l'excellence au quotidien"
- Le sommeil
- Rythme
veille-sommeil
- Les phases du sommeil
- Le
sommeil de l'enfant
- Le sommeil de l'adolescent
- Le sommeil de la personne agée
- Troubles du
sommeil
- Types de dormeurs
- La sieste
- La somnolence
- Legislation sur le travail de nuit
- Rôle du médecin du travail
- La
surveillance du personnel travaillant de nuit
- Conseils pour bien dormir
- Outils
d'évaluation
- en savoir plus
Le sommeil

L'Homme a des phases de veille et de sommeil. Le sommeil est une phase
qui permet la régénération cellulaire, la production d'hormones, la
mémorisation, la récupération physique et psychique ...
Les phases de veille influencent les phases de sommeil et inversement.
Il semble que le sommeil ait une influence sur la prise de poids et l'obésité.
Depuis un demi siècle, notre temps de sommeil aurait diminué d'une heure et demi en moyenne.
Rythme
veille-sommeil

Notre
rythme veille - sommeil est controlé par notre horloge biologique, sous
l'action d'hormones, influencée par la lumière du jour ou artificielle
et notre vie sociale (travail, repas, activités).
Le jour,
notre horloge interne reçoit les signaux comme la lumière, le bruit,
les repas, les activités, l'heure des montres, le rythme de travail, ...
La
nuit, notre corps produit la mélatonine.
Au cours de
la journée, notre corps suit les rythmes biologiques en fabriquant
certaines hormones à certaines heures (mélatonine par exemple), en
régulant sa température (la
température corporelle s'abaisse la nuit)
avec un minimum vers 4-5h du matin et un maximum vers 14H.
Pour
avoir un sommeil de qualité, le corps doit reconnaitre les périodes de
veille et de sommeil par des contrastes marqués entre ces deux phases.
Il suffirait d'écouter son horloge
biologique, de se coucher à peu près à la même heure, d'éviter les
activités physiques intenses le soir (augmentent la température
corporelle).
C'est pour ces raisons que le sommeil est perturbé en
cas de décalage
horaire, de coucher tardif, de travail posté.
La durée du
sommeil nocturne diminue avec
l'âge
Les phases du sommeil
Le sommeil se
décompose en une succession de cycles de
90 minutes à 2 heures qui se répètent 4 à 5 fois dans la nuit.
Ces cycles
sont composés de plusieurs stades :
Le sommeil léger (stades 1 et 2)
C'est celui de
l'endormissement, du à la sécrétion de sérotonine. L'activité cérébrale
diminue, la respiration, le pouls et la température corporelle
s'ébaissent, les yeux picotent et le baillement devient
incontrolable. C'est le moment propice pour aller se coucher. A ce
stade le réveil est facile.
Le stade 2 est une phase transitoire avec baisse d'activité cérébrale qui amène au stade 3.
Le sommeil lent ou profond (stades 3 et 4)
Le stade 3 avec un sommeil difficilement perturbé par l'extérieur. Il
se situe surtout en début de période de sommeil, aurait un rôle
dans la mémoire et dans la synthèse des protéines
et la sécrétion de l'hormone de croissance.
A ce stade le réveil est très difficile.
Le sommeil paradoxal
C'est une phase de sommeil avec des mouvements des
yeux (REM ou Rapid Eye Movements), des rêves, qui dure entre 15 et 20 minutes.
L'hypnogramme (hupnos : sommeil et gramma : écriture) est un enregistrement qui montre les différentes phases de sommeil.
Le
sommeil de l'enfant

- Le bébé commence par dormir
de 16 à 20 heures par jour avec des phases de sommeil agité (qui
correspont au sommeil paradoxal futur) et de sommeil calme (sommeil
lent).
- De 3 à 6 mois, le bébé commence à dormir plus
longtemps la nuit et rythme sa journée avec 3 siestes, une en matinée
et 2 l'après midi. Les rythmes de sommeil se mettent en place, le
sommeil paradoxal remplace peu à peu le sommeil agité et le ryhtme de
sommeil se place en fonction des activités de la journée (repas,
jour/nuit).
-
entre 6 mois et 4 ans, l'enfant passe de 2 siestes par jour à une seule
l'après-midi vers 1 an et demi. Il dort de 12 à 15
heures et ses phases de sommeil ressemblent à celle de l'adulte avec
les phases de sommeil lent et paradoxal.
- de 4 à 12 ans, l'enfant
ne fait plus la sieste du fait des activités importantes de la journée.
Il dort entre 10 à 12 heures.
Certains troubles peuvent
apparaitre, difficultés d'endormissement vers 6 mois, éveils nocturnes
vers 9 mois, cauchemars vers 18 mois. Le fait de rassurer l'enfant, le
calmer et le recoucher l'aident à se rendormir.
Le rituel du
soir est également important, comme le bain, la chanson, l'histoire, la
veilleuse pour que l'enfant passe une bonne nuit.
Il est important
de coucher l'enfant dès les signes de fatigue (prise du pouce, du
doudou, baillements, ...), d'avoir des horaires réguliers de lever
et coucher.
Le sommeil de l'adolescent

L'adolescent
a encore besoin de beaucoup dormir, une dizaine d'heures. Cependant,
c'est l'âge des excès (sport, cigarettes, boissons alcoolisées ou
énergétiques, télévision, surf sur internet et jeux vidéos, ...).
Les adolescents ont perdu 2 heures de sommeil par nuit selon une
enquête de la SOFRES en 2005.
Les adolescents sont des couche tard,
lève tard et gros dormeurs.
C'est à l'adolescence que
commencent certains troubles du sommeil comme la narcolepsie ou
l'hypersomnie.
Le sommeil de la personne agée

Avec
l'âge, la qualité du sommeil diminue, les réveils nocturnes augmentent
et le sommeil devient plus léger. Si les personnes agées dorment moins
la nuit, elles compensent par des siestes.
Chez les travailleurs postés, au moment de la retraite et de la reprise
d'un ryhtme de sommeil nocturne, le sommeil a tendance à s'éméliorer.
Troubles du
sommeil
-
L'insomnieC'est une ensemble de troubles comme des
difficultés d'endormissement, le réveil au cours de la nuit et précoce
le matin avec comme conséquences la fatigue, manque de concentration et
de mémoire. L'insomnie touche plus les femmes et une personne sur 10
utilise des somnifères pour y remédier.
- L'hypersomnie (somnolence excessive)Elle
se caractérise par des nuits de sommeil très longues (12 heures) avec
des siestes dans la journée. 5 à 10% de la population est touchée.
- La narcolepsieLe film "Narco" a bien décrit ces
endormissements brutaux qui sont des chutes de tonus musculaire causées
par des émotions.
-
L'apnée du sommeil
(ou syndrome d'apnées obstructives du sommeil) est caractérisée par 5 à
10 apnées par heure de sommeil. (une apnée est un arrêt de la
respiration supérieur à 10 secondes). Elle peut s'accompagner
d'hypopnée (respiration d'une efficacité de 50%). Elle est responsable
de somnolence diurne excessive et peut favoriser l'hypertension
artérielle et les risques d'accidents vasculaires cérébraux.
Le traitement est la ventilation en pression positive continue à l'aide d'un masque porté pendant le sommeil.

-
les ronflements
Les ronfleurs représentent 40 % des personnes de plus de 50 ans ! Les femmes aussi sont touchées à partir de la ménopause.
Le bruit peut aller jusqu'à 90 - 100 dB ce qui nuit aussi au sommeil de l'entourage.
En cas de ronflements, il faut rechercher des apnées du sommeil (demander au conjoint s'i y a des pauses).
Quelquefois, chez les personnes en surpoids, un amaigrissement permet
de diminuer les ronflements (et les apnées du sommeil s'il y en a). L'arrêt du tabac, des somnifères et de
l'alcool, et le fait de ne pas dormir sur le dos sont également
bénéfiques.

-
Les parasomnies
Elles sont nombreuses. Parmi les plus connues se trouvent le somnambulisme, les terreurs nocturnes, l'énurésie, le bruxisme, ...
Le sommeil peut aussi être perturbé par l'angoisse, le stress, la
dépression, certains médicaments, le jet lag (le décalage horaire), le travail en horaires postés.
Types de dormeurs
Certaines personnes sont des
couche tôt, d'autres des couche tard. Certains sont lève tôt, d'autres
lève tard. Certains sont des gros dormeurs, d'autres ont besoin de
moins de temps de sommeil.
Pendant les vacances, hors de toute
contrainte horaire, le corps reprend son rythme préférentiel.
La sieste


La sieste est une période de sommeil dans la journée. Elle se pratique en général après le repas de midi.
Elle permet de récupérer d'un manque occasionnel de sommeil mais peut
aussi masquer une somnolence excessive. Elle est donc à manier avec
précaution.
La sieste doit être courte, entre 15 et 20 minutes.
Les personnes travaillant en horaires décalés appréhendent la sieste
car ils sont souvent "vaseux" au réveil et ont du mal à s'endormir la
nuit suivante. La cause est souvent la longueur trop importante de la
sieste (1 heure ou plus).

En cas d'insomnie, la sieste est fortement
déconseillée.
Dans certaines entreprises, il existe des salles dédiées à la sieste.
Il semble que les performances intellectuelles et la mémorisation
soient améliorées après une court repos.
La somnolence
La somnolence est une forte tendance à l'assoupissement, souvent du à
un manque de sommeil, volontaire ou non. Elle entraine une baisse de
vigilance.

La
somnolence excessive diurne touche presque 10 % de la population et est
responsable sur les autoroutes d'un accident mortel sur 3. En effet
elle entraine une modification du jugement, une diminution du temps de
réaction et du champs visuel.
Les heures à risque de somnolence sont comprises entre 2 et 7 heures du matin et entre 14 et 16 heures.
Au volant, devant tout signe de somnolence, il faut s'arrêter, se
détendre en marchant et faire une petite sieste de 10 à 20 minutes
avant de reprendre la route.
La somnolence est différente de la fatigue.
Legislation sur le travail de nuit
Le
code du
travail précise que le recours au travail de nuit doit être
exceptionnel et sa mise en place doit être incluse dans un accord
collectif de branche.
Est
considéré comme travailleur de nuit
art L3122-31 du Code du Travail - les
travailleurs qui
effectuent au moins 2 fois par semaine, au moins 3 heures entre 21
heures et 6 heures, dans leur horaires de travail habituel.
- les
travailleurs qui effectuent, sur une période de 12 mois, un minimum de
270 heures dans les horaires de nuit
art R3122-8 du code du TravailLa durée
de travail
des travailleurs de nuit en peut excéder 8 heures et 40 heures par
semaine.
Le travail de nuit est interdit aux mineurs
sauf dérogation.
Rôle du médecin du travail
Le travailleur de nuit bénéficie d'une visite médicale
avant l'affectation au poste de nuit pour vérifier que son état de
santé est compatible avec ces horaires de travail. Ensuite, il a un
examen clinique tous les 6 mois avec délivrance d'une aptitude dans le
cadre d'une SMR (Surveillance Médicale Renforcée)
art R3122-18 du code du travail et
art R3122-19 du Code du TravailLe salarié
ayant
un poste de nuit peut demander une visite auprès du médecin du travail
et ce dernier peut demander des examens complémentaires à la
charge de l'employeur.
Le médecin du travail doit informer les
femmes enceintes et les travailleurs agés sur les risques pour la santé
pouvant survenir avec le travail de nuit
art R3122-21 du Code du Travail. Il doit les
conseiller et
mentionner le travail de nuit dans son rapport annuel
art R3122-22 du code du travail.Le travail de nuit doit apparaitre dans la
fiche d'entreprise.
Les femmes
enceintes travaillant de nuit peuvent demander un poste de
jour, le médecin du travail peut aussi en faire la demande si
l'état de santé de la future maman le nécessite.
Le médecin du travail doit être consulté pour tout aménagement d'horaire concernant le travail de nuit.
La
surveillance du personnel travaillant de nuit
En plus des
visites annuelles et bisannuelles, le service de santé au travail peut
évaluer l'état de santé des salariés par des enquêtes et mener des campagnes d'information sur le sommeil, la somnolence, etc.
Des entretiens infirmiers en santé travail (ESTI) font l'objet
d'expérimentation. Certains concernent le travail de nuit. Des
infirmiers effectuent les 2
èmes visites du personnel en utilisant des protocoles validés par le médecin du travail.
Ces visites ne donnent pas lieu à délivrance d'aptitude mais peuvent
révéler des troubles liés au travail de nuit et être signalées au
médecin du travail. Elles sont l'occasion de donner des conseils
adaptés au salarié au niveau rythme de travail, alimentation, activité
physique, sieste, prise de médicaments ou d'excitants, etc.
Les perturbateurs du sommeil
Certaines maladies perturbent la qualité ou la quantité de sommeil (maladies endocriniennes, mentales, ...) mais
il existe d'autres facteurs comme les excitants (café, boissons
énergisantes, vitamine C, ...) l'alcool, le tabac et l'état de stress.
Il faut se méfier aussi de certains médicaments qui peuvent provoquer
de la somnolence (anti histaminiques, anxiolytiques, antidépresseurs, ...). Sur les boites de médicaments, se trouvent les logos
suivants qui recommandent la prudence selon 3 niveaux.

Les personnes ayant des postes de sécurité (caristes, chauffeurs
routiers, travail en hauteur, ...) devront signaler s'ils prennent ce
type de médicament au médecin du travail.
Certains salariés signalent des insomnies quand le rythme de travail
est intense ou que des objectifs à court terme sont attendus. De même,
l'ambiance générale du travail agit sur le sommeil selon les
témoignages recueillis : plans sociaux, notations, rémunérations ...
Ces salariés n'arrivent pas à se détendre et récupérer le week end ou
les jours de repos.
Conseils pour bien dormir
En général
- chambre à température de 16 à 18°C
- Pas de sport tonique proche de l'heure du coucher
- prendre un repas léger sans alcool ni excitant le soir
- pas de café ni excitant après 16 ou 17 heures
- se coucher à des heures régulières
- respecter un rituel avant le coucher (brossage des dents, lecture, ...)
- respecter les signes d'appel d'endorissement ( baillement, paupières lourdes, ...)
- changer la literie tous les 10 ans
Pour les travailleurs postés

- fermer les volets pour faire le noir complet
- mettre des lunettes de soleil sur la route du retour après une nuit de travail
- demander aux membres de la famille de ne pas faire de bruit
- préserver les repas en famille autant que possible
- préserver les horaires fixes de repas
- éviter le grignotage
- faire une collation pendant la nuit (pas de repas copieux)
- avoir une activité physique régulière si possible à l'extérieur
Outils
d'évaluation
Il existe des questionnaires permttant d'évaluer la somolence (
Epworth) et la fatigue (
Pichot).
Il convient de rechercher la présence de ronflement, de mouvement des jambes, d'apnée du sommeil.
Les troubles graves du sommeil doivent être évalués en laboratoire, en
filmant et en enregistrant une nuit de sommeil (mouvements
respiratoires, musculaires, EEG), par des tests de maintien d'éveil,
actimétrie, ...
en savoir plus
validé par le
comité de relecture le 29/02/11
premières synthèses Dares étude Sumer en pdf
inrs "travail de nuit posté, cancerogène probable"
vosdroits.service-public.fr sur le travail de nuit
sommeil.orgsommeil et
santéinstitut national du sommeil et de la vigilencesommeil
et médecine généralesommeil-vigilence-somnolenceL'infirmière
magazine n°210
cahier de formation continue n°11 "Le sommeil
de
l'enfant"
etude sur le
travail de nuit des femmes (2003-2004) par le
GEMSTO
clinique du sommeil (ca)
apnée du sommeil
INPES guide
"Bien dormir, mieux vivre"
prévention routière
causes d'accidents
afssaps
pictogrammes conduite automobile