Enquête après accident de travail

mis
à jour le 11/04/07
Un accident du travail vient d'arriver dans l'entreprise.
L'infirmière est appelée et donne les premiers soins au blessé puis
procède à son
évacuation pour des examens complémentaires.
L'urgence passée, il arrive que l'infirmière
participe ou prenne en
charge l'enquête sur l'accident.
Il existe différentes méthodes, mais j'ai choisi de vous présenter la
méthode de l'arbre des
causes pour l'avoir utilisée de nombreuses fois.
Buts de
l'enquête
L'enquête sert à faire ressortir des anomalies,
des dysfonctionnements ou des successions
d'évènements dans le travail ayant
provoqué un accident. Mais pourquoi attendre l'accident,
donc blessure, arrêt de travail, frais, quand nous pouvons
agir de façon préventive ? Un enquête
peut être effectuée après un incident
sans gravité, de nombreux premiers soins sur un
même poste ou devant une situation à risque.
Ce travail aboutit à une liste de causes potentielles,
probables et la plus exhautive possible. C'est donc un travail
laborieux qu'il faut mener avec soin, rigueur, ouverture et pertinence.
Par la suite, le cumul des enquêtes permet de
créer une base de données et d'établir
des statistiques sur les éléments de risques
ayant ou pouvant provoquer des accidents et ainsi de les
prévenir.
Cette démarche s'inscrit également dans l'analyse
et la prévention des risques qui incombent à
l'employeur
art L 230-2 du code du travail
Les différentes étapes de l'enquête :
les détectives

L'enquête
peut
être effectuée par l'infirmier du travail, des
membres du CHSCT, l'agent de sécurité, ou toute
personne ayant reçu une formation sur les enquêtes
d'accident. L'enquête
peut être menée par plusieurs personnes afin
d'augmenter le champ des hypothèses
de cause mais nécessite impérativement un
animateur. En général, c'est la personne qui a le
plus d'expérience dans les enquêtes. Son
rôle consiste à regrouper les notes, organiser et
animer les réunions, suivre les
actions mises en place.
Les
participants ne
doivent pas être trop nombreux (5 maximum) et
peuvent avoir des compétences différentes pour un
meilleur recueil des faits et des propositions plus
diversifiées. Par exemple, un groupe peut comprendre
l'animateur
sécurité, un collègue de la victime ou
un chef
d'atelier, un membre du
CHSCT, l'infirmier. La première enquête
du groupe reste la plus difficile, mais quand deux ou
trois personnes travaillent ensemble sur plusieurs accidents, une
méthode s'instaure. Il convient de garder un noyau (2 ou 3
personnes) et d'y associer des intervenants différents.
le
recueil des faits

Tout
comme une
enquête policière,
il faut interroger la victime et les témoins et noter tous
les FAITS. Un fait est
VISIBLE, OBJECTIF, QUANTIFIABLE et VERIFIABLE.
Quand c'est possible, des photos peuvent être très
utiles, sinon, des croquis précis permettent de visualiser
des éléments qui ont amené
à la situation d'accident.
L'important
consiste
à commencer le recueil des faits sans
préjugé
afin d'aborder toutes les pistes au travers des questions
posées, en restant
objectif et en notant tous les détails. Plus
l'enquête débutera tôt après
l'accident, plus les détails seront précis.
Voici quelques
points à aborder :
La victime : horaires de travail,
ancienneté dans le poste, formations reçues,
circonstances
particulières, actions juste avant l'accident.
Si la victime doit être évacuée, le
recueil des données se fera ultérieurement soit
à l'occasion d'un appel téléphonique
en cas d'arrêt de travail, soit au retour de la victime.
Sa tâche : que faisait la victime au
moment de l'accident, est-ce sa tache habituelle, depuis quand la
pratique t elle ? Quel est le
déroulement habituel de cette action ? Existe-t-il des
procédures ? Du matériel de
sécurité est il nécessaire ? Etait-il
porté ? ...
L'accident : date, heure, jour de la semaine, moment par
rapport à la prise de poste,
Le lieu de l'accident : atelier, bâtiment,
machine, ...
L'environnement : bruit, température,
lumière, ...
Les témoins
: Ce sont les personnes qui ont vu
l'accident ou qui sont arrivés sur les lieux dans un
délai proche de l'accident (première personne
avisée). Ils peuvent
être des collègues ou le chef d'atelier ou autre.
Le supérieur : il peut renseigner sur la tache
habituelle du blessé, sur les procédures, les
moyens de prévention, les dysfonctionnements ponctuels
(surcharge de
travail, travail urgent, travaux, pannes de machines, ...) qui ont pu
influer sur l'accident.
Il ne faut pas hésiter à demander des
compléments techniques (compatibilité entre des
produits chimiques, explication d'un process,...) à des
personnes compétentes.
Ne pas hésiter non plus à revoir une personne
pour demander des précisions.
Les personnes interrogées peuvent donner des solutions au
cours du recueil des faits. Les noter dans un coin, elles seront utiles
après le
"remue-méninges".
Lors de l'enquête,
l'enquêteur doit éviter les formules telles que :
- des suppositions (il semble que, il parait que, j'ai
entendu dire ...)
- des accusations (c'est la faute de ... )
- des à priori ( il ne fait jamais attention ...)
- la mise en cause de la victime
 | A LA
PHASE DE RECUEIL, NE CHERCHER QUE DES FAITS, PAS DES SOLUTIONS |
l'arbre
des causes

Il permet de
relier les faits entre eux en partant de l'accident et en remontant
vers les faits précédents pour mettre en
évidence le déroulement des faits qui ont
amenés l'accident. Il suffit en
général de supprimer un fait pour supprimer
l'accident.
Il montre qu'un accident est souvent multifactoriel, c'est à
dire qu'il est du à l'accumulation des plusieurs
dysfonctionnements.
Une
méthode peut être de noter les faits sur des
papiers découpés placés sur un mur, un
tableau, et les déplacer au fur et à mesure de
l'avancement de l'arbre.

Pour
chaque fait, il faut poser les
questions :
- qu'est-ce qui
a provoqué ce fait ? -
est- ce
nécessaire et suffisant ?
exemple
: un ouvrier se blesse en se faisant tomber un marteau sur le pied

Le recueil des faits
montre :
- fracture du gros orteil
- chute du marteau
- pas de chaussures de sécurité
- utilisation d'un marteau
- travail urgent et inhabituel
- un collègue l'appelle
- M. X se tourne
- bruit ambiant
- ...
l'élément final est la
fracture du gros
orteil.
Il a fallu que le
marteau tombe, mais un marteau
qui tombe n'implique pas une fracture.
Pour provoquer la fracture, le marteau est tombé
sur
le pied, car il n'avait pas de chaussures de
sécurité.
Si un marteau tombe sur un pied sans chaussure de
sécurité, cela suffit-il à provoquer
une fracture ? oui si le marteau tombe d'une
hauteur
suffisante (comme dans la main de l'opérateur)
Ensuite, un à un les autres
éléments :
- qu'a t il fallu pour que le marteau tombe ?
- pourquoi l'opérateur ne portait pas de chaussures de
sécurité ?
- ...
Au fur et à mesure de l'élaboration de l'arbre,
on peut voir ressortir des branches qui appartiennent à des
groupes comme : l'environnement, les modes opératoires, les
formations à la sécurité, ...
Les propositions

L'arbre des
causes met en évidence des faits qui ont
participés à la survenue de l'accident. Pour
éviter les futurs accidents, il convient de supprimer ou
modifier ces
faits. C'est l'occasion d'organiser un "remue méninges"
(brainstorming), moment où les enquêteurs peuvent
proposer les solutions les plus farfelues pour supprimer ces causes. A
ce stade, plus le nombre des enquêteurs
est élevé, plus les propositions seront
nombreuses.
Pour chaque fait, on note TOUTES les propositions .
Ensuite, il suffit de reprendre une à une toutes les
propositions, d'éliminer les plus irréalistes, et
d'étudier les autres en leur donnant des critères
tels que faisabilité, coûts, délai de
mise en place, apparition d'autres risques , ...
A ce stade,
il
est possible de reprendre les solutions évoquées
par les témoins lors du recueil des faits et de les analyser.
Le
rôle de l'animateur est primordial, car c'est lui qui
recentre le débat, qui évite les hors-sujet, qui
demande des précisions, des compléments.
exemple
de tableau : (à compléter avec des oui/non, des
+,++,+++ ou -, --, --- ou encore des coefficients)
| proposition |
faisabilité |
suppression
du risque | création
d'autres risques | gêne
dans le travail | pérennité |
coût |
délai
de mise en place | proposition
retenue |
| port
de chaussures de sécurité | oui |
oui |
non |
non |
oui |
X
euros la paire | 3
semaines | oui |
| ... |
| | | | | | | |
Plus
la prévention
se fait en amont, plus elle permet de supprimer un grand nombre
d'accidents.
Les
actions

Quand
l'accident
est grave, le CHSCT effectue une enquête
article L236-2 du Code du travail peut faire une
réunion extraordinaire
où le résultat de l'enquête sera
présenté avec les propositions d'actions de
prévention. Les résultats de l'enquête doivent parvenir dans les 15
jours au service prévention de la CRAM et à l'inspection du travail à
l'aide du formulaire cerfa n°61-2256.
Suivant
le nombre et la gravité des accidents, des
réunions peuvent être organisées pour
présenter les résultats de l'enquête
aux chefs des services concernés et
aux personnes prenant part aux actions de prévention. La
fréquence de ces réunions dépendra du
l'importance en gravité et en nombre des accidents, elle
peuvent être hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles.
Les moyens
Peu importe la forme, c'est le résultat
qui compte, dans notre cas, la liste des actions de
prévention
à mettre en place.
Un arbre des causes et un tableau peuvent
être réalisés à la main,
mais l'utilisation de l'informatique facilite l'élaboration
et la présentation. L'arbre des causes est
réalisable comme
un organigramme.
Il ne faut pas hésiter à prendre de la place, car
les branches peuvent aller
loin. Il peut se construire de façon manuscrite au
départ puis être finalisé
par informatique. Les faits constituant l'arbre peuvent être
écrits sur des
feuilles collées au mur ou sur un tableau pour
être facilement
déplacés jusqu'à la version
définitive.
Si vous utilisez Power Point : utilisez les "connecteurs"
pour relier les faits (cadres).
Ainsi, quand vous remaniez les cadres, les liens se remettent en forme
automatiquement.
Utilisez des cadres différents (simple ou double trait) pour
faire ressortir les faits occasionnels par rapport aux faits habituels
ou encore
utilisez des couleurs.

Il est
possible de
créer
un formulaire-type de recueil d'information (ou pré
enquête), comprenant les rubriques
énumérées
ci-dessus (recueil des faits), adapté
à l'entreprise. Un tel formulaire peut être
utilisé
précocement par tout le monde et utilisable pour
l'enquête.
Maintenant, lancez vous, la technique vient avec le temps
En savoir plus
Document INRS : "face aux accidents, analyser, agir" ED 833
Les CRAM organisent des formations sur l'analyse des accidents par la
méthode de l'arbre des causes.