Le bruit
mis à jour le
01/03/10Le
bruit reste une
problématique importante en
médecine du travail. Dans les entreprises industrielles, il
reste une des premières causes de maladie professionnelle
(tableau n°42 du Régime
général et tableau
n°46 du régime agricole). D'après
l'étude
SUMER, 3 millions de travailleurs seraient exposés
à plus
de 85 dBA dont 6,8 % pendant plus de la moitié de leur temps
de
travail.
La directive 2003/10/CE du parlement Européen et du Conseil du
06/02/2003 impose aux employeurs de nouvelles limites applicables en
février 2006. Les décrets d'application ont été publiés au journal
officel le 20 juillet 2006.
Les prochaines journées de
l'audition auront lieu le 11 mars 2010.
le bruit
Le bruit est
le résultat d'une vibration de l'air. Les vibrations plus ou
moins
rapides donnent des sons graves (fréquences basses) ou aigus
(fréquences
élevées). La fréquence des vibrations
se
mesure en Hertz (Hz) et leur intensité en
décibels (dBA). L'oreille
humaine peut entendre des sons compris entre 20 et 20 000 Hz.
Les vibrations
induites par le bruit provoquent une variation de pression
atmosphérique de
l'air, mesurée en Pascal. A cette pression
atmosphérique, s'associe l'énergie
sonore, c'est le "niveau sonore". Pour l'oreille humaine,
l'échelle
des bruits varie de 1/100 000 à 100 pascals, aussi pour
simplifier les calculs,
on utilise l'échelle logarithmique et on parle
maintenant de décibels (dB).
Avec les décibels,
quand on double un niveau
sonore, on obtient une
augmentation de 3 dB.
Exemple : 2 machines de 80 dB chacune donneront ensemble un niveau
sonore de 83
dB.
L'oreille humaine
n'est pas sensible aux différentes fréquences de
la même façon, aussi pour
reproduire le comportement de l'oreille face au bruit, on parle de dBA
qui
représente le décibel
pondéré A. Les appareils de
mesure de bruit sont équipés de filtres
qui permettent d'apprécier
les sons perçus par l'oreille humaine .
Quelques
mesures (source inrs)
 | 140 dBA réacteur d'avion |
|
|
| 12O
dBA seuil de la douleur |
| 100 dBA machine bruyante |
|
| 90 dBA moto - camion | cote
de danger |
| 85 dBA atelier bruyant | cote
d'alerte |
| 80 bDA atelier |
|
 | 50 dBA conversation |
|
| 30 dBA campagne tranquille |
|
rappels
anatomiques
L'appareil auditif est composé de 3 parties principales
| oreille interne | oreille moyenne | oreille externe |
|
 |    |
| oreille
interne renfermant la cochlée, l'organe de Corti et les
cellules ciliées | oreille
moyenne formée de la caisse du tympan renfermant la chaine
des osselets (marteau, enclume et étrier) | oreille
externe comprenant le pavillon, le conduit auditif externe et la
membrane du tympan. |
|
Le son parvient au pavillon et passe dans le conduit
auditif
externe et
arrive sur la membrane du tympan qui se déforme sous l'effet
de la
pression. La déformation du tympan se transmet aux osselets
dans
l'oreille moyenne puis arrive aux cellules ciliées de
l'organe de Corti. Les
cellules ciliées transmettent les informations sonores au
cerveau par le nerf
auditif interne. Ce
système se décompose en deux processus principaux
:
- le processus de transmission qui permet tout d'abord de
recueillir
les
ondes sonores de l'air environnant qui aboutit à la
stimulation des
cellules sensorielles ciliées
- le processus de perception, avec naissance d'un influx nerveux qui
sera transmis au cerveau.
causes
de surdité
Les traumatismes sonores répétés au
cours de la vie professionnelle
peuvent faire survenir une baisse de la perception auditive en
détruisant peu
à peu l'organe de Corti. Cette surdité est
bilatérale.
Mais le travail en atmosphère comprimée, les
bruits d'explosion, les accidents
de dépressurisation donnent lieu à des
reconnaissances en accident du travail.
Cette surdité peut être unilatérale ou
bilatérale.L'évolution de la
surdité dépend de plusieurs facteurs :
- les niveaux d'exposition du bruit (intensité, nature,
fréquence)
- la durée d'exposition
- la sensibilité individuelle.
maladie
professionnelle
La surdité professionnelle est décrite dans le
tableau
n°42 du régime général et
n°46 du régime agricole.
Pour être reconnue en maladie professionnelle, la
surdité doit répondre à
trois critères :
- déficit bilatéral par lésion
cochléaire
- irréversible
- stabilisation du déficit dès le retrait de
l'exposition
Le
Déficit moyen
(Dm) sur la meilleure oreille doit
être > ou = 35 dB
effets
du bruit
Le principal effet du bruit est la surdité
- qui s'installe progressivement lors d'une exposition
prolongée à des bruits
élevés par destruction de l'organe de Corti.
Cette surdité est irréversible
et se caractérise par une baisse de perception des sons de
fréquence 4 000 Hz
à l'audiogramme.
- d'apparition brutale après une exposition à un
son d'intensité très forte
comme une explosion avec lésion
du tympan, des osselets ou de la cochlée
L'évolution est progressive et se décompose en
plusieurs phases :
- Au début du travail dans le bruit, le
salarié ressent une fatigue auditive
avec acouphènes (sifflements aigus) et sensation d'oreille
bouchée. Ces
troubles disparaissent après quelques heures ou jours si on
retire le salarié
du milieu bruyant. A ce stade, on trouve déjà une
baisse dans les 4000 Hz sur
un audiogramme pratiqué en fin de journée.
- le salarié "s'habitue " au bruit et les
acouphènes disparaissent.
- Le salarié commence à être
gêné lors des conversations (voix
chuchotée),
entend à nouveau des acouphènes et à
l'audiogramme, on retrouve une baisse
aux fréquences voisines de 4000 Hz (de 2000 à
6000 Hz).
- La surdité est importante et gênante.
Sur l'audiogramme, la baisse atteint
toutes les fréquences avec une forte baisse sur les
fréquences aigûes.
Les autres effets du bruit
- fatigue, nervosité, irritabilité,
difficulté de concentration, troubles du
sommeil.
- troubles de l'équilibre, vertiges, nausées par
l'atteinte du vestibule.
- des troubles cardio-vasculaires, endocriniens, ophtalmologiques et
digestifs
ont aussi été décrits mais non
prouvés dans la pathologie professionnelle.
Le bruit peut être responsable d'hypertension
artérielle.
- indirectement : accidents du travail.
l'audiométrie
Cet
examen est demandé par le médecin du travail art
R232-8-4 du code du travail et effectué en
général par l'infirmier. Il est prescrit - en référence pour un
salarié affecté à un poste exposé entre 80 et 85 dBA.
- avant l'exposition à un poste à exposition
sonore > ou = 85 dBA afin de dépister une
éventuelle contre indication et servir de
référence en cas de baisse de l'audition du
salarié.
- un an après la prise de poste
En plus de l'examen annuel, un audiogramme est prescrit |
 |
|
 | Courbe normale
Baisse
visible à 4000 Hz
La baisse
atteint 2000 Hz
La
surdité est importante et irréversible |
L'audiométrie
permet de tester
l'audition mais doit répondre à certains
critères pour être fiable :
- un appareil au minimum de classe
4, normalisé et calibré, donnant des sons de
fréquences variant entre 500 et
8000 Hz et d'intensité entre 0 et 120 dBA, variant de 5dBA,
avec un casque ou
des hauts parleurs.
- une cabine insonorisée
(bruit résiduel <15 dBA)
- une bonne compréhension du sujet testé.
- le sujet testé n'aura pas été
exposé au bruit avant l'examen (convoquer
les sujets en début de poste)
Il existe 2 types d'audiomètres :
- l'audiomètre manuel :
l'opérateur envoie des sons de différentes
fréquences en faisant varier
l'intensité. Le sujet indique à quel
moment son seuil d'audition
est dépassé et ce point est reporté
sur un graphique. En reliant les points
des différentes fréquence, on obtient
l'audiogramme.
- l'audiomètre automatique : c'est
le sujet qui en donnant des réponses aux
différentes intensités fera réagir
automatiquement l'appareil. Il existe également l'audioscan
qui balaye les
différentes fréquences.
Avant l'examen :
- s'assurer que le sujet n'a pas
été exposé au bruit ou qu'il a
porté ses protections auditives.
- vérifier l'absence de cérumen dans le conduit
auditif
- installer le sujet dans la cabine
- lui expliquer le déroulement de l'examen
- lui demander s'il a des acouphènes
- placer les écouteurs correctement sur les oreilles
résultats
de
l'audiogramme
Les audiogrammes
servent de référence et d'indicateurs pour
évaluer les pertes d'audition
individuelles et collectives. On peut en déduire l'indice
précoce d'alerte (IPA)
et le
déficit moyen
(Dm).
Indice
précoce d'alerte (
IPA): C'est
un calcul
basé sur les pertes d'audition pour les
fréquences 3000, 4000 et 6000 Hz, les
premières touchées en cas d'exposition au
bruit. Ce calcul permet
d'établir des statistiques qui servent d'indicateurs pour
une population
soumise au même risque. L'IPA permet de détecter
un risque avant d'arriver à
des pertes d'audition importantes pouvant donner lieu à des
déclarations en
maladie professionnelles. Ces résultats collectifs
(moyenne des IPA pour
un groupe de salariés) peuvent être
donnés à titre d'indicateur à
l'entreprise et servent à évaluer les niveaux
d'exposition pour une population
donnée et mettre en oeuvre des actions de
prévention.
IPA = (d3000 +
d4000 + d6000) / 3
le
déficit moyen (
Dm) :
C'est un
calcul
permettant d'évaluer la perte d'audition sur chaque oreille
calculé sur les
fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz, avec des facteurs de
pondération 2, 4,
3 et 1. Ce calcul est indispensable pour la reconnaissance en maladie
professionnelle.
Attention
: depuis septembre 2003, le calcul s'effectue sans facteurs de
pondération, en
faisant la moyenne de pertes pour 500, 1000, 2000 et 4000 Hz.
calcul avant septembre 2003 : Dm = (2xd500 + 4xd1000 + 3xd2000
+ d4000
)/10
calcul depuis
septembre 2003 : Dm =
(d500 + d1000 + d2000 + d4000)/4
les
mesures de bruit
L'
article L4121-3 du code du travail impose
à l'employeur l'évaluation des risques et leur
prévention.
Dans ce cadre, l'employeur
évalue les niveaux de bruit par des mesurages pouvant être
effectués par le service de santé au travail ou par un
organisme compétent.
Ils doivent être effectués :
- en cas de modification des installations pouvant élever le
niveau de bruit,
- au moins tous les 5 ans.
L'évaluation et les résultats des mesures de bruit seront
conservé et
consultables
pendant 10 ans, (le décret n'impose pas de format papier
ou informatique). Ils seront tenus à la disposition des membres
du CHSCT, des délégués du personnel, de
l'inspecteur ou le contrôleur du travail et des agents de
prévention de la CRAM.
Le médecin du travail reçoit les résultats afin
d'adapter la surveillance des salariés exposés et l'inclu
dans leurs dossiers médicaux.
L'employeur est
tenu de diminuer autant que possible le bruit ambiant des locaux de
travail,
(Décret n°88-405 du 21 avril 1988) mais ce n'est pas
toujours
possible. Afin d'assurer une surveillance du personnel, il est
nécessaire
d'identifier les salariés soumis à des exposition
sonores quotidiennes
comprises entre
80 et 85 dBA et
>
85 dBA ou de pression acoustique de crête
> ou = 137 dB sans dépasser 87 dBA et 140 dB de pression
acoustique de crête.
Les mesures de bruit sont effectuées à l'aide
d'un sonomètre. C'est un appareil qui doit
être régulièrement
étalonné. Il est muni d'un microphone
et permet de
prendre des mesures de bruit au niveau des oreilles des
opérateurs et à
différents endroits d'un atelier bruyant (zones de passage) sur
des temps assez courts (quelques secondes à 1 minutes)
En cas de résultats élevés ou ayant beaucoup de
variations, une mesure plus précise peut être
effectuée à l'aide d'exposimètres portés
par les opérateurs pendant une journée de travail.
L'analyse de ces mesures permet de calculer la dose totale de bruit
reçue pour une exposition journalière.
Ces
mesures de bruits permettent
d'établir une cartographie
du bruit en identifiant les postes à risques
art
R4431-2 du Code du Travail.
Résultats des mesures :
| Exposition
sonore quotidienne
> ou = 80 dBA ou pression acoustique de crête > 135 dB | Faire
de nouvelles mesures tous
les 5 ans
Mettre à disposition des salariés des moyens de
protection (casques, bouchons, ...) et leur donner une information sur
les risques liés à l'exposition au bruit. |
| Exposition
sonore quotidienne
> ou = 85 dBA ou pression acoustique de crête > 137 dB | L'employeur
doit veiller au port
des protections auditives et signaler les zones bruyantes
Les salariés bénéficient d'une Surveillance
Médicale Renforcée. |
| Exposition
sonore quotidienne
> 87 dBA ou Pression acoustique de crête > 140 dB | maximum
d'exposition des
salariés. |
prévention
collective
C'est la première action à mettre en oeuvre
art L4121-2 du code du travail
Tout d'abord, l'employeur doit
- acheter des machines silencieuses
- réduire le bruit dès sa source
- supprimer ou réduire les ondes
réfléchies contre les parois
- isoler les machines ou locaux bruyants
- isoler du bruit extérieur
- limiter le temps d'exposition des salariés
prévention
individuelle
En cas
d'impossibilité ou de limite des mesures collectives pour
diminuer le
bruit au dessous de 80 dBA, l'employeur fournit à ses
salariés exposés
des casques, bouchons, bouchons moulés,...
Le choix des protecteurs individuels est établi en fonction de
- l'avis des salariés exposés au bruit
- l'avis du médecin du travail
- éventuellement les conseils demandés aux agents de
prévention des CRAM
Il doit
informer les salariés
- des risques liés au bruit,
- des actions mises en place pour réduire le bruit
- des résultats des mesurages et leur signification
- de l'utilisation de façon correcte des EPI
- de l'utilité du dépistage et des signes de
l'altération de l"ouïe
- de la surveillance médicale renforcée
mise en place par le médecin du travail
Art
R4435-1 du Code du Travail
- des consignes à respecter au poste de travail.
Les salariés
doivent être formés à l'utilisation des
moyens de prévention. Au
moment de la visite annuelle, le médecin du travail rappelle
les conseils
utiles pour le port des protections auditives :
- port en permanence
- hygiène du casque
- hygiène des mains pour la mise en place des
bouchons
- changement du matériel quand c'est nécessaire.
surveillance
médicale renforcée
Tout salarié soumis à une
exposition sonore quotidienne
> ou = 85 dBA
et/ou 137 dBC de pointe acoustique de crête,
bénéficie d'une SMR,
art
R4435-1 du code du travail
comprenant un examen clinique et audiométrique afin de
surveiller l'évolution
de l'audition et l'efficacité des moyens de protection.
Au cours de ces visites, le médecin du travail informe le
salariés des risques
liés au bruit et des moyens de prévention mis en
oeuvre par l'employeur. Le médecin met en place une fiche
d'exposition dans chaque dossier médical qui indique le
poste occupé, la
durée d'exposition et les mesures de bruit au poste. Le
dossier sera conservé
10 ans après la fin de l'exposition au bruit du
salarié.
En cas de découverte d'altération de l'ouïe d'un
salarié exposé, le médecin du travail
évalue le lien entre la baisse auditive et l'exposition au
bruit. Il en informe le salarié.
Si la responsabilité de l'exposition est avérée,
le médecin du travail peut demander à l'employeur
- une nouvelle évaluation des risques
- une réévaluation des mesures prises pour diminuer les
risques
L'employeur devra tenir compte de l'avis du médecin du travail
- pour supprimer ou réduire les risques et pour affecter le
salarié à un autre poste moins bruyant
- pour effectuer une nouvelle surveillance des salariés soumis
à la même exposition.
en
savoir plus
Inrs : évaluer et mesurer l'exposition professionnelle au bruit ED6035 (septembre 2009)
site de
médecine du travail de midi-pyrénées dossier
sur le bruit de l'
inrs
remis à jour le 16/04/09
infrobruit.org
audition-infos.org
OMS
révisé en février 2001
dossier sur le bruit du
ministère de l'écologie et du
développement durable
directive
2003/10/CE du
Parlement Européen et du Conseil du 06/02/2003
Recommandations et instructions techniques aux
médecins du travail assurant la surveillance médicale des travailleurs
exposés au bruit (actualisé le 24 septembre 2004)